Mise à jour le 25/03/2016, par Damien - Service Com’ ANDAR

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Alimentation

LES GRANDES REGLES DE DIETETIQUE ET DE L’ALIMENTATION DANS LA POLYARTHRITE RHUMATOIDE

Depuis des années, le rôle de l’alimentation sur notre santé est source de réflexions, d’interrogations et d’études. Ainsi, la Polyarthrite rhumatoïde (PR) fait l’objet de nombreuses hypothèses sur la part de l’alimentation dans le déclenchement et dans l’entretien de la maladie. Ce questionnement est d’autant plus pertinent que la PR pourrait être une maladie d’apparition récente (2 siècles) et reste de cause inconnue.

Depuis des années, les patients se sont soumis à différents régimes alimentaires pour essayer d’améliorer leurs symptômes avec des résultats très variables. Les mécanismes par lesquels un régime pourrait intervenir sur une maladie articulaire inflammatoire sont l’objet d’hypothèses : modification de la flore intestinale, élimination d’aliments allergisants, augmentation en aliments anti-oxydants. Malheureusement, ces régimes ont fait l’objet de peu d’études sérieuses et sont entourés de beaucoup de croyances et de convictions.

LES REGIMES D’EXCLUSION

Plusieurs travaux ont étudié l’effet du jeûne sur l’inflammation articulaire. Une diète stricte, c’est à dire un apport qui se résume à un apport liquide additionné de protéines, de glucides, de lipides et de vitamines, poursuivi pendant 2 semaines, permet une réduction significative de l’état inflammatoire articulaire, de la raideur matinale, et… du poids ! Malheureusement, le bénéfice n’est habituellement pas durable avec une rechute rapide à la reprise d’une alimentation normale. Plusieurs études ont évalué l’effet d’une période de jeûne complet de 7 à 10 jours, suivie d’un régime végétalien ou lacto-végétarien pendant 2 à 12 mois sans amélioration significative retenue en terme de raideur matinale et de capacités fonctionnelles.

Il arrive que certains patients observent et rapportent un déclenchement des douleurs à l’occasion de l’ingestion de certains aliments : produits laitiers, maïs, farines, citrons, œufs, viande rouge, caféine… C’est la raison pour laquelle certains travaux ont étudié des régimes d’exclusion faisant l’éviction du ou des allergène(s) alimentaire(s) potentiellement associé(s) à la survenue de la PR ou au maintien de l’état inflammatoire.

Une des études les plus récentes a évalué le bénéfice d’un régime hypo-allergisant, éliminant les produits laitiers, les œufs, la viande et le poisson, les sucres raffinés, le blé et la farine de blé, le maïs, le riz, les noix, les citrons, les tomates et le café. Les menus étaient constitués de légumes cuits, de purées et de compotes de fruits et le pain de seigle était autorisé. Après une période de ce régime poursuivi pendant 12 jours, les auteurs du travail évaluaient les conséquences du retour à une alimentation classique sur les paramètres cliniques et biologiques de la PR.

Cette approche a pu montrer une influence de certains aliments sur les paramètres de l’inflammation mais uniquement dans un sous-groupe de patients chez lesquels des tests cutanés avaient mis auparavant en évidence une intolérance à un composant alimentaire. Il est donc possible que certains patients présentent effectivement une susceptibilité à l’égard d’un aliment et l’éviction de cet aliment paraît alors logique.

LES RIGIMES D’ADDITION

A l’inverse, certains régimes proposent d’enrichir les apports alimentaires en certains aliments qui pourraient avoir un effet favorable sur les mécanismes de l’inflammation. Sur la base de différentes carences observées chez des patients souffrant de PR, il a été proposé d’enrichir l’alimentation avec certain agents anti-oxydants (vitamine C, vitamine E), avec certains acides aminés (histidine) ou avec certains oligoéléments (sélénium, cuivre, zinc, gelée royale…). Aucune étude n’a permis réellement de prouver l’efficacité de telles approches.

Le seul apport alimentaire qui puisse avoir une action sur l’inflammation concerne les acides gras polyinsaturés qui sont les constituants biochimiques des lipides, indispensables à notre corps et ils existent sous plusieurs formes : les acides gras saturés, les acides gras monoinsaturés et les acides gras polyinsaturés. L’acide arachidonique, élément essentiel de la membrane cellulaire, est fabriqué dans l’organisme à partir d’acides gras polyinsaturés provenant majoritairement de l’alimentation. Différents acides gras polyinsaturés sont dits ’’essentiels’’ et doivent être apportés par l’alimentation. C’est le cas en particulier de l’acide linoléique (acide gras polyinsaturé oméga-6) et de l’acide a-linoléique (acide gras polyinsaturé oméga-3).

Une alimentation normale apporte plus d’oméga-6 que d’oméga-3. Or, les dérivés issus de ces différents acides gras polyinsaturés dans l’organisme n’ont pas les mêmes propriétés et les oméga-6 favorisent d’avantage les phénomènes d’inflammation, d’athérosclérose et de thrombose que ne le font les oméga-3.

Ainsi, des régimes avec un enrichissement des apports en oméga-3 variant entre 0,4 et 6 grammes par jour ont été évalués à travers des essais. Ces études montrent un bénéfice modeste en association avec la poursuite du traitement habituel. Une suralimentation en huile de poisson à hauteur de 2,6 grammes par jour d’oméga-3 permet de réduire les signes de la PR dans un délai de 12 semaines. La consommation d’anti-inflammatoires non stéroïdiens peut être diminuée par un tel régime. Le bénéfice n’est pas durable à l’arrêt de la suralimentation.

LES REGIMES COMBINES

Un régime bien connu en France dans le milieu de la Polyarthrite Rhumatoïde (mais aussi d’un grand nombre d’autres pathologies inflammatoires ou auto-immunes) est le régime dit du Dr Seignalet. Il repose sur la suppression totale des produits laitiers et des céréales (à l’exception du riz), sur la réduction des apports en produits cuits, sur l’augmentation de la consommation d’aliments dits biologiques et sur une suralimentation en vitamines et minéraux. Malheureusement, ce régime n’a jamais fait l’objet d’étude contrôlée et il est impossible d’en évaluer réellement l’efficacité.
Par contre, le régime Méditerranéen ou crétois est certainement l’un des régimes les plus étudiés dans la littérature scientifique. L’influence de l’alimentation a été évoquée pour expliquer la moindre prévalence de la PR dans les pays du sud de l’Europe comparée à celle observée dans les pays du nord de l’Europe. C’est un régime riche en fruits, en légumes, pain, pâtes et céréales, en poissons et en huile d’olive, pauvre en viande rouge, avec une consommation modérée de produits laitiers. Deux essais contrôlés ont été menés pour évaluer le bénéfice de ce régime. Dans les deux cas, le bénéfice est modeste mais significatif par rapport au groupe contrôle. Le bénéfice porte sur la douleur dans le premier essai, sur la fonction articulaire et la raideur matinale pour l’essai le plus récent.

L’AIDE AU CONTROLE DE L’INFLAMMATION ARTICULAIRE AU COURS DE LA PR

Ces recommandations ont fait l’objet d’une réflexion menée par la Haute Autorité de Santé (HAS) et ont été publiées à l’automne 2007 sur le site de I’HAS. Ce sont les suivantes :

Les régimes alimentaires visant à contrôler la douleur ou l’activité de la maladie, y compris les régimes riches en oméga-3 ne sont pas recommandés aux patients atteints de PR en raison de l’efficacité clinique inconstante et modeste sur la douleur et la raideur et du risque de carences induit par les régimes déséquilibrés.

Les régimes d’exclusion en vue de contrôler la douleur ou l’activité de la maladie, en particulier les régimes cadencés en produits laitiers, sont déconseillés.

En revanche, des mesures diététiques appropriées sont nécessaires pour corriger les carences et pour prévenir ou traiter les comorbidités (surcharge pondérale, ostéoporose, pathologie cardio-vasculaire, diabète), certaines pouvant être iatrogènes du fait des traitements corticoïdes.

LA REDUCTION DU RISQUE CARDIOVASCULAIRE AU COURS DE LA PR

Le risque cardiovasculaire est augmenté au cours de la PR, ce sur-risque étant lié à l’inflammation chronique et à l’utilisation de la cortisone et des anti-inflammatoires non stéroïdiens. C’est dire l’importance de contrôler les facteurs classiques qui sont à l’origine des complications cardiovasculaires : accident vasculaire cérébral, angine de poitrine, infarctus du myocarde… Il est donc nécessaire de lutter contre l’obésité, veiller à l’équilibre d’un diabète, veiller au contrôle d’une hypertension artérielle et contrôler le bilan lipidique.

Comme précédemment, l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, ancienne ANSM Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé) a publié en 2005 des recommandations pour le traitement diététique des anomalies lipidiques, à mettre en œuvre systématiquement avant d’envisager la prescription d’un médicament :

une limitation de l’apport en acides gras saturés (graisses d’origine animale), au profit des acides gras mono ou polyinsaturés ; une augmentation de la consommation en acides gras polyinsaturés oméga-3 (poissons) ; une augmentation de la consommation de fibres et de micronutriments naturellement présents dans les fruits, légumes et produits céréaliers ; une limitation du cholestérol alimentaire, voire l’utilisation d’aliments enrichis en stérols végétaux.

A ces recommandations, s’ajoute la nécessité de limiter la consommation d’alcool, de contrôler le poids et de corriger une sédentarité excessive.

LA REDUCTION DU RISQUE D’OSTEOPOROSE AU COURS DE LA PR

La PR est une maladie inflammatoire chronique qui augmente le risque d’ostéoporose principalement en raison de l’inflammation chronique, de la diminution de l’activité physique et l’utilisation fréquente de la cortisone par voie générale. La cortisone est un facteur favorisant surtout pour des posologies trop élevées maintenues trop longtemps.

- Pour réduire le risque d’ostéoporose, il est important chez la femme ménopausée de veiller à un apport calcique suffisant. On estime nécessaire un apport de calcium quotidien de 1,5 grammes. Certaines eaux minérales (Hépar, Contrexeville), certains fruits et légumes (épinards, amandes), certains poissons (sardines à l’huile, truite) permettent d’augmenter les apports en calcium sans être en contradiction avec les recommandations précédentes. Il faudra également veiller au niveau de vitamine D, en sachant que des suppléments alimentaires en calcium et vitamine D sont toujours possibles.

- Pour prévenir l’ostéoporose cortisonique, outre les apports en calcium, il faudra veiller à l’équilibre protidique par un apport suffisant en protéines animales (poissons, œufs, viandes) et végétales (céréales complètes, légumineuses).

EN CONCLUSION

Il existe très peu de preuves scientifiques de l’intérêt d’un régime alimentaire particulier à la Polyarthrite Rhumatoïde. Un apport suffisant en oméga-3 est l’élément le plus souvent rencontré aussi bien pour diminuer les conséquences de l’inflammation, que pour réduire le risque cardiovasculaire ou limiter la perte protidique et les modifications lipidiques induites par la cortisone. Pour améliorer les apports en oméga-3, il importe d’adopter un régime alimentaire varié et équilibré :

- en privilégiant les matières grasses d’origine végétale en tartines ou dans la préparation des plats (cuisson, assaisonnement, pâtisserie)

- et en pensant assez souvent aux poissons, poissons gras de préférence (maquereau, saumon, thon, hareng…), mais aussi poissons cuisinés sous toutes ses formes, grillé, à la plancha, en papillote…

La diversité et l’équilibre de l’alimentation sont essentiels pour garder longtemps le plaisir de bien se nourrir.

Texte rédigé à partir du livre “ A TABLE ! Plaisir gourmand des polyarthritiques ”, publié par l’ANDAR

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